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Après-développement

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Présentation du courant de l’Après-développement

François Partant est un précurseur du courant de l’Après-développement. Dans « Que la crise s’aggrave [1] » il montre que notre société, mobilisée par son « auto-développement », s’est fermée à toute évolution autonome :

« Désormais nos sociétés en voie d'enrichissement, loin de faire l'histoire, la subissent comme la plus implacable des fatalités. Nous sommes contraints de nous plier aux impératifs nés d'une évolution économique et technique incontrôlable. Nous sommes poussés dans une direction sans but. Car la survie de notre système d'enrichissement n'est pas, en elle-même, un but acceptable. Les pouvoirs qui s'exercent dans la société et sur elle l'imposent, car ils n'existent, en tant que pouvoir, que dans le cadre de ce système. Ils parlent de progression économique, mais évitent d'en évaluer les fantastiques contreparties. Ils parlent de progrès techniques, mais taisent les raisons qui les ont fait adopter, les intérêts qu'ils servent, les risques qu'ils comportent... Ils parlent de l'avenir qu'il faut construire, mais ignorent ce que sera l'avenir du système dont dépend celui de la société. Ils prétendent « représenter » cette dernière et pourtant la trahissent, puisqu'ils ne sont qu'entraînés par une dynamique qui s'impose à eux. Ils trahissent, puisqu'ils n'avouent pas leur impuissance. Puisqu'ils nous empêchent de prendre conscience de ce formidable problème que pose à l’humanité entière cette évolution à laquelle nous devons nous nous adapter et qu’ils ne maîtrisent pas [2]

En principe, une société humaine peut évoluer sous la pression des groupes qui la structurent ou par suite de l'évolution des individus qui la composent [… ] [Mais] notre système d'enrichissement a privé l'ensemble des sociétés d'une possibilité d'évolution. Il a reconstitué une forme de programmation, aussi tyrannique, mais bien plus inquiétante qu'une programmation génétique, puisqu'elle n'est même pas de nature à assurer la survie du groupe social, mais qu'elle peut au contraire condamner l’espèce. [3]

Le problème que constitue ce blocage à l'évolution des sociétés par leur mode d'enrichissement exigerait une analyse approfondie de tous les facteurs qui interviennent pour interdire l'évolution de la société, en tant que collectivité humaine, parce que les individus sont eux-mêmes limités par des « contraintes sociales.[4]

Le courant de pensée qui se réfère à l’après-développement (Rist, Latouche, Escobar, Esteva, Sachs, Ziai) est né dans les années soixante, lors de la Décennie pour le Développement, d’une réflexion critique sur les présupposés de l’économie et sur l’échec des politiques de développement. Au centre de l'analyse de l’après-développement est la remise en cause radicale du concept et du discours sur le développement qui, en dépit des évolutions formelles qu’ils ont connu, restent le point de rupture décisif au sein du mouvement de critique du capitalisme et de la mondialisation.

A l’origine, le concept de développement est assimilé, dans la théorie naturaliste, au processus qui induit le changement dans l’évolution naturelle avec les principes de directionnalité (la finalité), de continuité (le processus ininterrompu), de cumulativité (l’effet cumulatif) et d’irréversibilité (l’impossible retour à un stade antérieur). Transposé dans le monde social moderne occidental, il est devenu la croyance utopique de mettre en marche un processus ininterrompu, scientifique et technique, vers la création d’un monde sans rareté

Ce développement s’est transformé en une entreprise techno-politique indépendante visant à transformer les rapports des hommes entre eux et avec la nature en marchandises. Il s’agit d’exploiter, de mettre en valeur, de tirer profit des ressources naturelles et humaines. Entreprise agressive envers la nature comme envers les peuples, elle est bien – comme la colonisation qui la précède et la mondialisation qui la poursuit – une œuvre à la fois économique et militaire de domination et de conquête. C’est le développement réellement existant- celui qui domine la planète depuis trois siècles- qui engendre les problèmes sociaux et environnementaux actuels : exclusion, surpopulation, pauvreté, pollutions diverses, etc.

Cette perception d’un développement incontournable et inévitable va se propager avec le discours des dirigeants des puissances occidentales, notamment lors du discours du président américain Harry Truman, en janvier 1949, alors qu’il parlait de lancer un nouveau programme qui soit audacieux et qui mette les avantages de notre avance scientifique et de notre progrès industriel au service de l’amélioration et de la croissance des régions sous-développées en exposant qu'il y avait des zones arriérées sur la terre, que leurs habitants étaient « sous-développés » et que les Etats-Unis et les pays riches devaient unir tous leurs efforts pour aider ces gens à se développer.

C'est la première fois qu'avec une phrase, plus de deux milliards d'individus qui avaient des identités différentes, comme les Amarras, les Quechuas, les Africains, les Maghrébins… toutes sortes de cultures se sont vues cataloguées de « sous-développées ». Du jour au lendemain quantité de gens, de modes de vie, de cultures, de savoir-faire, de pratiques, se sont retrouvés dans cette catégorie unique des « sous-développés ». Ainsi est né ce couple redoutable développement/sous-développement qui a structuré les cinquante années de pratiques internationales de développement et par la même occasion le terme «développer» est devenu transitif, on a pensé qu'il fallait «développer les sociétés».

Mais vers 1980 on prend conscience que si, depuis les années quarante-cinq, le niveau de vie des Occidentaux s’est peu à peu amélioré, celui des pays du Sud (les trois quarts de l'humanité) a baissé de façon drastique ; quant à l’environnement, le bilan est catastrophique.

Au début des années 80 le discours sur le développement est entré dans une crise existentielle : avec la fin de la guerre froide, la nécessité stratégique de l’aide au développement a disparu et les dégâts écologiques et sociaux montraient que le modèle de développement occidental ne pourrait jamais être universel.
Pour tenter de conjurer magiquement les effets négatifs de l’entreprise développementiste, on est entré alors dans l’ère « des développements à particule ». On a vu surgir des développements autocentrés, endogènes, participatifs, communautaires, intégrés, authentiques, autonomes et populaires, équitables, eco-citoyens, inclusifs … sans parler du développement local, du micro-développement, de l’endo-développement et même de l’ethno-développement ! En accolant un adjectif au concept de développement, il ne s’agit pas vraiment de remettre en question l’accumulation capitaliste ; tout au plus songe-t-on à adjoindre un volet social ou une composante écologique à la croissance économique comme on a pu naguère lui ajouter une dimension culturelle.

À partir des années 90 ce jeu de « cache-cache » semble avoir pris fin. On assiste à un certain désintérêt pour le développement de la part des organismes internationaux qui, jusqu'ici, avaient la charge de sa promotion.
Suite aux échecs des différentes « décennies du développement » pendant lesquelles on s'est évertué à conformer le monde au rêve de l'abondance universelle, le pragmatisme a repris ses droits en considérant que ce ne sont pas les politiques actives de développement qui amèneront le « vrai » développement, mais plutôt la mondialisation.
L’utilisation du qualificatif « durable » à partir ces années est devenu intéressante pour les partisans du développement car il contribue à nous faire croire que le cet « autre » développement peut s’inscrire dans la durabilité. Cette question de la durabilité nous donne l’illusion d’un changement. Cela rassure la conscience des citoyens, mais finalement, rien, ou pas grand-chose, ne change réellement : les équilibres écologiques continuent à être fragilisés, les inégalités sociales poursuivent leur progression.

Cette mondialisation va soumettre tout l'espace physique et social à la loi du capital, qui est celle de l'accumulation sans fin dans un contexte de liberté totale. C'est le triomphe de l'économie libérale de marché qui offre aux entrepreneurs la possibilité de s'implanter, de s'approvisionner et de vendre où ils veulent (et ce qu'ils veulent), le tout en n'ayant à supporter aucune contrainte en matière de droit du travail et de protection de l'environnement (Voir traités de libre-échange)
Cette conception particulière du Marché autorégulateur se voit comme le seul et unique moyen de promouvoir le développement. Désormais, pour que le développement se concrétise, il ne faut plus bouleverser l'ordre « naturel » des choses par la moindre intervention. Ainsi libéré de toute entrave et unifié à l'échelle mondiale, un marché pur engendrera l'allocation optimale des ressources et la croissance économique, donc le fameux développement.

AU -DELÀ DU DÉVELOPPEMENT

Face à la mondialisation, qui n’est que le triomphe planétaire du tout-marché, « l’après-développement » cherche à concevoir et à vouloir une société libérée du système d’enrichissement dans laquelle les valeurs économiques sont centrales. L’économie doit être remise à sa place comme simple moyen de la vie humaine et non comme fin ultime.

Il faut commencer par voir les choses autrement pour qu’elles puissent devenir autres, pour que l’on puisse concevoir des solutions vraiment originales et novatrices. Il s’agit de mettre au centre de la vie humaine d’autres significations et d’autres raisons d’être que l’expansion de la production et de la consommation.

D’après François Partant « L’idéal social n'existe pas... »

... Il n'est qu'une ligne d'horizon qui change peu à peu à mesure qu'on avance vers elle. Et la société ne sera jamais parfaitement harmonieuse, sans contradiction ni tension. La seule qui le soit se trouve au cimetière. Il ne s'agit donc pas de décréter comment tous les alternatifs doivent vivre, a fortiori comment devront vivre les générations futures si ne sont pas définitivement compromises les chances qu'elles ont de naître. Il s'agit seulement de dire ce qu'est aujourd'hui la ligne d'horizon et de proposer des voies pour avancer vers elle.

Ici, une seule voie a été envisagée comme possible : celle de l'autonomie, en tant que moyen d'une reconstruction sociopolitique et technico-économique. S’il en existe d'autres, on les découvrira en cherchant comment tirer parti des transformations qui se produisent partout dans le monde. Il faut alors solliciter une réflexion à l'échelle mondiale. Mobilisés autour d'une charte, qui constitue en quelque sorte la ligne d'horizon, tous ceux qui veulent avancer vers ce même but provisoire doivent contribuer à élaborer, à amender et à actualiser un schéma d'organisation théorique, ainsi que les méthodes pour le mettre en œuvre, en tenant compte des perspectives qu'ouvre la crise dans les pays où ils se trouvent. L'engagement politique change donc à la fois de terrain et d'objet pour prendre une ampleur toute nouvelle. Il vise à permettre à chaque société, à mesure que toutes s'enfonceront dans une crise générale, de se recomposer progressivement sur des bases nouvelles, en fonction d'un projet socio-économique acceptable pour toutes. Il n'a plus d'autres limites que celles de la terre. Son but idéal est de rendre une finalité politique et sociale à l'évolution humaine. Car le progrès véritable n'est pas dans la connaissance et dans la maîtrise des techniques. Il est politique. Il est dans l'aptitude des hommes à se gouverner, individuellement et collectivement, en mettant leurs connaissances et les techniques au service de cet art de vivre ensemble. » [5]

Sensibles à la justesse des analyses de François Partant, ses amis, après sa mort en 1987, se sont rassemblés en une association pour essayer d’avancer vers cet « horizon » esquissé dans l’un de ses derniers textes.
Après plus de 30 année de travail, cette association, « La ligne d’horizon-les amis de François Partant », souhaite continuer sa réflexion sur l’après -développement avec d’autres associations et personnes.
Ce site propose des textes d’auteurs dont les analyses apportent à la réflexion sur l’après-développement.
Nous invitons toute personne intéressée à nous contacter par mail:

[1] François Partant , Que la Crise s’aggrave Solin 1978
[2] François Partant , Que la Crise s’aggrave Solin 1978 page 141
[3] Idem page 143
[4] Idem page 151
[5] François Partant, La fin du développement, Babel Réedition 1992,, page 252-253